Retrouvez l’intervention de Jean-Louis DESNOUES, président de la CRESS CVL lors de la séance plénière du lundi 22 juin 2026 :
Ça suffit
« Monsieur le Président, Mesdames Messieurs chèr-e-s collègues
Aujourd’hui, l’Économie Sociale et Solidaire (ESS) est en danger. Pas à cause d’un manque de projets, de compétences, de volonté, ou de capacité à innover, mais à cause du retrait délibéré de l’État. Depuis des années, les gouvernements successifs multiplient les discours élogieux voire dithyrambiques sur l’ESS, qui a montré sa pertinence et sa résilience durant les différentes périodes de crises, en promouvant ses valeurs, son rôle clé dans la société, dans la transition écologique et sociale. Pourtant, quand il s’agit de passer aux actes, l’État ne tient pas ses promesses et les conséquences sont dramatiques.
Prenons les chiffres. En 2020, dans le cadre de France Relance, 150 millions d’euros étaient promis à l’ESS pour soutenir ses acteurs, innover, créer des emplois. Quatre ans plus tard, seulement 45 millions ont été effectivement engagés – soit 30% des promesses. Pire : le Fonds pour l’Innovation Sociale (FISO), qui devait recevoir 50 millions par an, a vu son budget divisé par deux en 2024. Les clauses sociales dans les marchés publics, censées représenter 25% des appels d’offres, ne dépassent pas 5% en réalité, délais administratifs, promis à trois mois, s’étirent jusqu’à un an, asphyxiant les petites structures. Le compte n’y est pas.
Où sont passés les engagements ? L’État trouve des milliards. Mais pas pour l’ESS, qui représente 2,4 millions d’emplois et 10% du PIB français, il n’y a plus qu’un mot d’ordre : l’austérité avec des conséquences en cascades. Résultat ? Des associations ferment, des coopératives licencient, des projets innovants – dans l’insertion, l’énergie renouvelable, l’alimentation durable – s’effondrent faute de moyens.
Et pendant ce temps, que penser du positionnement de l’état, quand il prétend soutenir l’ESS. Il signe des chartes et des stratégies nationales sans les financer, il laisse des milliers de salariés et de bénévoles se battre seuls pour maintenir des services essentiels : l’aide aux sans-abri, l’accompagnement des jeunes en difficulté, la transition énergétique dans les territoires ruraux.
Assez de promesses en l’air. Assez de mépris. L’ESS est partie prenante de l’économie et a toujours su s’adapter, mais n’est pas un secteur comme les autres, elle incarne une autre façon de faire de l’économie : une économie où l’humain prime sur le profit, où la solidarité l’emporte sur la spéculation, où l’écologie guide les décisions. L’ESS assure des missions de service public, abandonnées par ailleurs, et à ce titre doit avoir les moyens de les assurer avec dignité.
Alors aujourd’hui, nous disons : non. Non à l’abandon. Non à l’hypocrisie. L’État doit tenir ses engagements. Nous demandons des explications sur les financements promis et non versés. Nous demandons à nouveau la simplification des procédures pour que les petites structures puissent respirer. Et nous réclamons que l’ESS soit enfin reconnue comme un pilier de notre société, avec un budget à la hauteur de son impact.
La mobilisation continue. Signez la pétition, rejoignez les rassemblements, interpellez vos élus. L’ESS ne mourra pas, parce que nous, acteurs, partenaires, citoyens, nous refusons de laisser l’État nous abandonner. L’ESS mérite mieux et c’est ensemble que nous pourrons y arriver. »